Vianney Lecroart - acemtp Playground
L’erreur est votre amie

« J’en ai marre, je vais devoir encore donner de l’argent à ce voleur qu’est l’État français, car je me suis fait flasher par un de ces maudits radars automatiques ! »
À chaque fois que j’entends ce genre chose, ça m’exaspère… pas vous ? Le jour où l’État a décidé de mettre des radars automatiques en France, je me suis dit : « c’est vraiment idiot de mettre des radars, les gens ne sont pas des hors-la-loi, ils connaissent très bien les limites de vitesse et donc les radars ne flasheront jamais ! »… Non c’est pour rire, je ne suis pas si naïf quand même ;-) En fait, je me suis dit « Puisque tout le monde sait qu’il y a un radar à cet endroit, qui serait assez bête pour dépasser la limite ? L’État ne se ferra jamais d’argent avec ça… » Comme il est clair que l’État gagne de l’argent, c’est que je me suis trompé, j’en déduis que les gens sont trop bons et qu’ils font exprès de faire des excès de vitesse pour donner de l’argent à ce pays qui en a tant besoin, car je ne vois pas d’autres explications !

Bon, que les gens n’arrivent pas à maîtriser leurs véhicules, ça m’est égal (sauf quand je suis sur la route). Ce qui est vraiment étonnant dans l’histoire c’est qu’on est très fort pour critiquer, mais seulement quand il s’agit de critiquer les autres… Quelqu’un s’est fait flasher ? C’est la faute de la voiture, du radar qui n’a rien à faire là, de l’État qui s’acharne sur lui, du vent-qui-était-trop-fort-d-habitude-ça-passe, de l’inclinaison de la route, du régulateur de vitesse, du tachymètre qui est biaisé… Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire « j’ai fait une erreur, j’ai mal géré la vitesse de mon véhicule et je me suis fait flashé, ça me servira de leçon »… Pourtant, ce n’est pas la loterie, il y a bien un humain derrière la voiture qui a fait une erreur, volontairement ou involontairement, mais il est le seul responsable de ce qui lui est arrivé, il ne peut s’en prendre qu’à lui même. Alors, pourquoi reporter la faute ?

La vraie raison c’est que les gens n’aiment pas être pris en flagrant délit quand ils font quelque chose de pas bien. Et quand cela arrive, ils font tout pour rejeter la faute sur l’outil qui a permis ce flagrant délit plutôt que d’accepter l’erreur, de trouver un moyen pour que ça n’arrive plus et de passer à autre chose. Malheureusement, depuis notre plus tendre enfance, une erreur est synonyme de punition, donc on développe des moyens de plus en plus élaborés pour ne plus se faire prendre et donc de cacher au maximum les erreurs que l’on peut faire plutôt que de les assumer. Dans ce paradigme, il est tout à fait normal et compréhensible que les ingénieurs aient peur de prévenir leurs chefs quand quelque chose va mal. Il va tout faire pour enterrer le problème en espérant qu’il ne sera jamais vu et si cela arrive, trouver un bouc émissaire. Pire, quand quelqu’un se risque à montrer qu’une personne a fait une erreur, cette dernière se braque, n’accepte pas et fait la gueule ce qui aura pour conséquence de créer une mauvaise ambiance. Les problèmes cachés s’accumulent au fur et à mesure jusqu’au jour où cela devient trop gros et que tout explose à la figure et quand ça arrive, il est souvent trop tard pour réagir.

Les méthodes agiles proposent de casser ce paradigme du « pas vu, pas pris, pas de punition » en mettant en place le maximum de moyens pour détecter les problèmes au plus tôt. C’est à la fois très simple et très compliqué. Simple, car il existe des 10ène de techniques faciles à appliquer pour détecter les problèmes comme les dessins sur les murs. Mais c’est aussi très compliqué, car si vous faites uniquement cela, vous avez toutes les chances pour que ça ne marche absolument pas, car tout le monde restera dans le même état d’esprit erreur=punition. Pour que les développeurs osent parler de leurs erreurs, il faut une relation de confiance, du courage et qu’ils se sentent soutenus. Et ce n’est pas les beaux graphiques sur le mur qui vont les aider. Malheureusement, il n’y a pas de secrets, pour créer cet environnement de confiance, il faut du temps et surtout de la volonté… Beaucoup d’entreprises pensent que pour faire de l’XP, il suffit d’acheter un livre sur le sujet, appliquer les pratiques et c’est gagné ! Alors, ils le font, se rendent compte que ça ne marche pas et disent que XP c’est nul ! Les pratiques aident à créer un climat favorable, mais avant tout il faut une réelle remise en question de la part de chacun des membres du projet ; les développeurs, les managers, les clients. Sans cela, l’équipe ne sera jamais agile. À l’opposé, il existe des sociétés qui ne connaissent pas forcément XP, mais qui sont réellement agiles. L’agilité ne s’obtient pas en appliquant bêtement des pratiques, l’agilité c’est avant tout un état d’esprit, une philosophie, une façon de concevoir et de travailler.

J’ai vécu des situations où lorsqu’un problème était détecté, non seulement on n’en parlait pas à la personne qui en avait été la cause, mais la décision prise en conséquence était tout simplement de virer cette personne ! À l’opposé, il existe des sociétés, comme Google (étonnant comment on parle toujours des mêmes boites) qui, lorsqu’un employé a commis une erreur qui a couté des millions de dollars, on la félicite.

Pour qu’une entreprise informatique réussisse, elle doit prendre des risques. Les employés doivent donc prendre des risques à leur tour. Qui dit prendre des risques dit commettre des erreurs. Alors comme on sait que des erreurs seront faites quoi qu’il arrive, autant se donner tous les moyens possibles pour les détecter au plus vite afin d’y faire face.

mur chez crisp.se

Une bonne équipe n’est pas une équipe qui ne fait pas d’erreurs, mais une équipe qui est capable de les détecter rapidement et de les résoudre intelligemment…

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