Vianney Lecroart - acemtp Playground
Jeux vidéo libres

Demain je vais à Linux Expo, ça fait des années que j’y vais car c’est toujours l’occasion de revoir des gens que je vois rarement.

Je profite de cette occasion pour faire un ticket sur les jeux vidéo libres. Voici les différentes catégories :

Les jeux développés sur le temps libre

Ça représente surement 95% des jeux libres. Ils sont très souvent développés par des étudiants qui ont beaucoup de temps libres (forcement, ce sont des geeks) et qui veulent faire un jeu parce que c’est fun (oui, ce sont des geeks, ils n’ont pas la même notion du fun que les gens normaux).

Ça part toujours d’une très bonne intention, les développeurs se démènent pour faire un programme clean, se focalise sur le dernier design pattern, le dernier moteur 3D libre et rédigent des game designs. Ils sont super contents, motivés, en une semaine ils arrivent à ouvrir une fenêtre 3D et à afficher un triangle rouge au milieu.

Au bout d’un an, à force de boulot acharné, ils n’ont rien à montrer si ce n’est une fenêtre 3D qui s’ouvrent avec un triangle au milieu (mais qui tourne !) et un doc de 500 pages décrivant un jeu tellement complexe que même la NASA ne comprendrait pas les spécifications. Quelques fois, ils arrivent à amener quelques potes de classe sur le projet et arrivent à faire quelque chose de jouable. Mais ces projets tombent très souvent à l’eau, non pas qu’ils soient mauvais mais par manque de temps. L’étudiant découvre les boites de nuits et les filles (non, c’est pour rire, c’est un geek !). Je veux dire l’étudiant trouve un travail et n’a plus le courage le soir et le weekend de passer encore du temps sur ce satané bug introuvable (et oui, le dernier design pattern n’a finalement pas suffit à éviter les bugs).

Les jeux tellement vieux qu’il faut ressortir l’Atari pour les compiler

Bon ok, j’exagère, mais c’est un peu ça quand même. Les seuls jeux produits par l’industrie du jeu vidéo et qui sont libres aujourd’hui sont ceux qui sont tellement vieux que de toute façon ils ne peuvent plus espérer les vendre (même pas dans les boites de Frosties). C’est le cas par exemple de Quake. 5 ou 6 ans après la sortie, quand la technologie est complètement dépassée et que le code source n’a plus aucun intérêt compétitif, le studio le passe en licence libre pour se faire un coup de pub. C’est clairement mieux que rien. L’avantage est que ce sont des jeux beaucoup plus connus et donc qui attirent beaucoup de geeks qui veulent voir comment ça a été codé (QUOI ? ça a été codé sans design pattern? Comment ont-ils pu en vendre des millions ?). C’est très instructif et toute une ribambelle de geek bidouillent le code pour le fun en faisant une version pour iPhone, une pour le C64 et une autre avec des design patterns parce que c’est quand même mieux comme ça.

3ème catégorie de jeux libre… Euh… bah en fait, il n’y en a pas.

Dans de très rares cas, les jeux développés sur le temps libre attirent d’autres geeks et deviennent connus (TuxRacer par exemple). Dans d’autres rares cas, un groupe de geeks se réunit autour d’un ancien jeu close source et fait un super mod (Warsow par exemple) mais dans la grande majorité des cas, ce n’est pas fameux et on se retrouve avec 90% des jeux complètement injouables, pas fun et sans intérêt… tant d’énergie perdue…

On peut s’étonner de voir de superbes applications libres comme GNU/Linux, Open Office, Firefox et si peu de bons jeux (et encore moins de jeux originaux). C’est d’autant plus étrange que faire un jeu est souvent un rêve de geek.

Je pense qu’une des raisons à cela est que les geeks ont tous une idée différente de jeu révolutionnaire et donc que chacun veut développer son jeu dans son coin et n’arrive à rien car il est tout seul. Une autre raison est que les geeks misent beaucoup trop de temps sur la technologie et les docs. Combien de fois j’ai discuté avec des geeks qui veulent faire “un MMORPG où on sera libre de faire toute ce qu’on veut dans un monde 3D avec de la physique qui tue tellement c’est réaliste, qu’à coté, Second Life c’est du pipi de chat.” (c) Je n’ai rencontré que si peu de geeks pragmatiques. Je pense que ceux qui arrivent à faire de bons jeux libres aujourd’hui sont justement ceux là, les pragmatiques. Des personnes qui savent à quel point c’est complexe de réaliser un jeu et donc qui se donnent un objectif simpliste, sur un gameplay extrêmement simple et efficace. Et une fois cette version lancée, fonctionnelle et amusante alors d’autres geeks tomberont peut être dessus, trouveront l’idée sympa et rejoindront le projet pour l’améliorer. Alors une version améliorée sortira et ainsi de suite jusqu’à arriver à un jeu vraiment bien.

Je trouve dommage qu’il y ait si peu de bons jeux dans le logiciel libre alors que tous les ingrédients sont présents. Je trouve encore plus dommage qu’aucun studio ne s’intéresse au logiciel libre alors que tout le monde sait qu’un bon jeu est avant tout un game play original et fun et non un moteur 3D nouvelle génération. Ce n’est pas le code source du jeu qui fait vendre, c’est le fun du jeu. Si l’industrie du jeux vidéo partageait son code, elle pourrait baisser ses coûts de développement et surtout aurait plus de temps pour se concentrer sur le fun et l’originalité de leur jeu ce qui serait positif pour tout le monde et surtout, les joueurs.

Ce dont je suis convaincu, c’est qu’il est aujourd’hui possible de développer des jeux vidéo libres (et même gratuits) et d’en vivre et je suis là pour tenter de vous le prouver à tous avec Mtp Target

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