Vianney Lecroart - acemtp Playground
HUD ou ne pas HUD, telle est la question…

Depuis des années, les designers de jeux vidéos font tout ce qu’ils peuvent pour retirer les fameux HUD de leurs jeux. Par exemple, on retire la barre de vie pour la remplacer par des effets de sang. Ou alors on retire l’affichage de la vitesse dans les jeux de voiture et on affiche à la place une aiguille sur le tableau de bord. Le but est souvent de rendre le jeu le plus immersif et réaliste possible.

Ce que je trouve drôle c’est que dans la vrai vie, c’est le contraire qui arrive. On voit de plus en plus de HUD dans le vrai monde. Par exemple, l’affichage de la vitesse sur le pare brise de la voiture. Ou alors les 10ène d’applications pour iPhone pour ajouter des informations comme ici pour le métro. Et ca ne fait que commencer.

Les jeux vont devoir revenir en arrière si elles veulent calquer le monde dans lequel on va vivre :)

Quant une erreur de conception d’IHM envoie en prison

C’est une évidence pour beaucoup, une mauvaise conception de l’interface graphique peut rendre une bonne application totalement inutilisable et frustrante. Et pourtant très peu d’entreprises prennent le temps nécessaire pour concevoir des interfaces graphiques « user friendly ». C’est d’autant plus dommage que quand certaines sociétés s’y mettent réellement, ça donne d’excellentes choses (iPod, Gmail, …).


Ce qui est étrange c’est que dans presque tous les domaines autres que l’informatique, faire travailler des designers et des ergonomistes est une évidence. Une belle voiture aux lignes qui plaisent, avec une ergonomie d’utilisation poussée va faire augmenter le nombre de ventes. Même dans des domaines très terre à terre, comme par exemple la robinetterie, le design et l’ergonomie y sont très importantes ; Réglage de la température de l’eau simple, sécurité contre les températures trop chaudes, ouverture du robinet par détection de présence, couleur montrant la temperature de l’eau… Tout est fait pour que l’utilisation soit la plus « user friendly ».




robinet

Alors pourquoi si peu d’efforts sont faits en informatique ? A cause de son histoire, l’informatique apparaît aux gens comme quelque chose d’obligatoirement compliqué, obscur et qui ne marche jamais comme on voudrait. Beaucoup pensent que c’est comme ça, personne n’y peut rien, c’est la nature même de l’informatique qui veut ça. A partir de là, pourquoi perdre du temps et de l’argent à concevoir des interfaces implicites et faciles d’utilisation quand les utilisateurs se satisfont de ça ? C’est comme pour les bugs, il y a des bugs dans tous les programmes, c’est à cause de l’informatique, on peut rien y faire, faudra vous habituer, les logiciels sont devenus trop complexes. En somme, c’est la faute à pas de chance…


Heureusement quelques rares sociétés s’opposent à ce mouvement et montrent que non seulement il est possible de faire des applications avec des interfaces soignées mais qu’en plus ça permet de s’insérer dans un marché à très forte concurrence. Prenons Gmail, avant Google, il existait des dizaines de webmailer tous aussi pénibles à utiliser les uns que les autres mais des millions d’utilisateurs se satisfaisaient de ça. J’ai toujours eu un compte sur Yahoo! Mail et msn Hotmail mais je ne les ai jamais réellement utilisés et pour cause ; les sites sont d’une lourdeur incroyable. N’importe quelle opération est lente, il faut 1 minute et au moins 4 rafraîchissements complets du site web pour retirer 2 spam de ma boite… J’utilisais donc des applications comme Thunderbird pour lire mes mails… jusqu’à l’arrivé de GMail. A la base, GMail est un simple webmailer comme les autres sauf que… l’interface a réellement été réfléchie pour être la plus intuitive possible pour les utilisateurs. Ils ont utilisé des technologies déjà existantes depuis longtemps comme les requêtes XML asynchrones et le javascript. La seule force de GMail est de proposer une réelle intéraction entre l’application et l’utilisateur. C’est rapide, c’est léger, ça fait uniquement ce qu’on lui demande mais ça le fait bien, bienvenue dans le Web2.0. C’est en effet ce qui soit arrivé de mieux au web depuis longtemps ; produire des applications web avec une interaction homme/machine intelligente et la plus aboutie possible en mettant l’utilisateur au centre du système.


Bon il serait temps que j’explique le titre de ce ticket car je me suis éloigné de mon sujet initial. On a vu que de bonnes interfaces pouvaient rendre célèbres de nouveaux produits, même si le marché était saturé. Mais vous allez me dire, après tout c’est bien beau tout ça, mais une mauvaise interface n’a jamais tué quelqu’un ni mis des gens en prison… et pourtant…


Le 20 janvier 1992, 87 personnes sont mortes dans un crash d’un Airbus A320 sur le Mont Saint Odile. Une des raisons invoquées ? Une mauvaise conception de l’ergonomie d’une commande du tableau de bord. Cette commande est le Flight Control Unit (FCU). Un bouton permet de switcher entre deux modes différents : soit l’angle de descente (mode FPA - Flight Path Angle) soit la vitesse verticale (mode VS - Vertical Speed). Un unique bouton permet alors de sélectionner la valeur dans l’un des 2 modes.





fcu


Suite à une confusion, le pilote enregistre sur l’ordinateur de bord “33”, croyant être en mode FPA alors qu’il est en mode VS. Au lieu de choisir un angle de descente de 3,3°, il choisit une vitesse de descente de 3300 pieds/minute (au lieu de 800 pieds/minute). L’avion opère alors une descente trop rapide à un taux de quatre fois supérieur au taux normal (3300 pieds/minute au lieu de 800-900 pieds/minute).


Le tribunal a tranché et Bernard Ziegler, directeur des essais en vol, du service après-vente et directeur technique d’Airbus Industrie, jugé pour avoir participé à la mise en service de l’A320 accidenté alors que la conception ergonomique des commandes était de nature à favoriser la confusion, a été condamné à un an de prison avec sursis.


La prochaine fois que vous planchez sur une interface, aussi simple soit elle, prenez le temps de voir si c’est vraiment une bonne idée et s’il n’y a pas mieux.